LES P'TITES HISTOIRES
Pour les Petits et Grands N'enfants ...

L'ABBE SILENCIEUX ET LES FANTÔMES DE GRANIT Par Pola Pielec

Adolfe-Julien Fouéré (il écrivait son nom Fouré) naît le 4 septembre 1839 à Saint-Thual en Ille et Vilaine.

Des études au petit séminaire de Saint-Méen, puis de Rennes le font prêtre en décembre 1863. Vicaire à Paimpont puis à Guipry, il devient ensuite en 1881 recteur de Maxent, puis en 1889, de Langouët.

L'abbé Fouré est une force de la nature, très énergique et impliqué. Il va défendre la cause des ouvriers des forges de Paimpont, menacées de fermeture, en allant négocier (en vain, malheureusement) auprès de leurs propriétaires retirés à Londres, les princes d'Orléans.

C'est vers la cinquantaine que l'abbé Fouré subira un terrible accident cérébral qui le rendra peu à peu sourd et muet.

En 1893, à 54 ans, il abandonne son ministère et prend sa retraite sur la côte d'Emeraude, vers Saint-Malo.
Quelle émotion ! Il contemple désormais le merveilleux site que domine la pointe de La Haie. Tout près, l'île Bénétin, plus loin, le Grand et le Petit-Chevret. En face, le Gouffre et ses roches noires plongeant dans la mer.


Désormais seul et enfermé dans un monde de silence, il habite l'ermitage de Rotheneuf et le soir tombant, il contemple la mer. Et c'est sûrement là, lorsqu'un rocher semble prendre un étrange profil, humain ou animal, que lui vint certainement le désir de recréer un monde, son nouveau monde. Déjà, dans ses promenades, au fond des bois, il avait fait la même observation, se plaisant à deviner tout un monde mystérieux. Les silhouettes des arbres et de leurs racines, se tordant, comme des couleuvres, les sinuosités d'une branche…


Il avait maintenant envie de faire naître du granit, l'œuvre ébauchée par la nature. Muni d'un pic, d'un ciseau et d'une massette l'abbé Fouré décide de façonner les rochers face à la mer. Toujours vêtu de sa soutane et coiffé du chapeau romain, il frappe le granit, pique et sculpte, donne à la roche la forme qu'elle semblait évoquer.

En venant s'installer ici, l'abbé a appris la légende d'une famille de naufrageurs locaux, censés avoir existé au XVI e siècle : les Rothéneuf.
On dit qu'ils résidaient près de cette pointe où ils auraient vécu de pêche, de chasse et surtout de rapines et autres contrebandes. Ils naviguaient sur les terribles " flèches à flot " qui leur permettaient de rattraper et de dépouiller les vaisseaux qui passaient au large. C'est ainsi qu'ils auraient amassé peu à peu un énorme trésor…
Les Rothéneuf auraient continué leurs activités jusqu'au XVIII e siècle. Durant la Révolution, ils auraient choisi le parti de la chouannerie. Mal leur en aurait pris : après de sanglantes luttes, ils auraient été massacrés par d'autres familles des environs.


Cette légende pittoresque, inspire l'abbé Fouré. Il entreprend alors de représenter la fin de dynastie des Rothéneuf en sculptant un monstre marin, qui, attiré par les cadavres accumulés sur la plage de la Haie, dévore le dernier représentant de la famille accroché au fameux trésor.

Dès les débuts, on vient voir « l'ermite de Rothéneuf » au travail. Les habitants, comme les touristes venus de Saint-Malo ou Dinard, deux stations balnéaires en plein essor à la fin du XIX e siècle.
Au gouffre du Paradis il façonne la chapelle de Saint Budoc, le Saint protecteur des Rothéneuf. Plus loin, plusieurs hommes de main des Rothéneuf apparaissent. Ce sont les cinq clowns aux visages burlesques.





Et encore l'Egyptien, le guerrier romain et, surtout, monsieur de Rothéneuf, le patriarche aux pieds duquel sommeillent divers monstres marins. Il sculpte une cinquantaine de personnages différents, aux noms pittoresques : Gargantua, et ses lieutenants La Bigne, La Haie, Bennetin, Rochefort, le Grand Chevreuil, La Goule, les Trois-Pierres, L'Ours, le Petit-Pointu… Plus bas, ce sont les épouses et d'autres personnages de la famille qui apparaissent dans la roche. Et le tableau central des rochers sculptés représente la destruction de la famille, avec une cinquantaine de personnages, imbriqués dans une lutte désespérée. En bon ecclésiastique il se doit aussi de réaliser de nombreuses scènes religieuses : des pénitents ou des scènes de la vie de saint Budoc…









Pendant seize ans, jusque 1909, l'abbé Fouré poursuit inlassablement son œuvre artistique et transforme près de 500 m² de falaises.



Comme si, privé de parole, muet avec les hommes, il dialogue désormais avec la matière.
Au final, il laisse un extraordinaire jardin de pierre, comprenant près de trois cents personnages dominant la Manche.



Décédé en 1910, on le surnomme désormais le " Facteur Cheval breton "



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