LES P'TITES HISTOIRES
Pour les Petits et Grands N'enfants ...

CHANSON DU TAILLEUR DE PIERRES Par Charles PONCY

Avant d'aborder ladite chanson, présentons son auteur, Louis-Charles Poncy (1821 - 1891)

   Ce toulonnais, fils de maçon, maçon lui-même, commence à travailler dès l'âge de neuf ans. La lecture de Racine lui donne le goût de la poésie et il s'y essaie avec un certain succès. Son meilleur recueil de poésies, Marines, est édité grâce à des souscriptions publiques organisées par des toulonnais qui aident et épaulent le jeune autodidacte. Il envoie ce recueil à George Sand. Elle s'enthousiasme pour le talent de ce jeune poète-ouvrier et le conseille avec une constance qui ne se démentira jamais. Elle s'intéresse à sa famille qu'elle aide souvent financièrement. Il reçoit aussi les encouragements de Béranger et d'Arago. Il vit de son métier de maçon jusqu'en 1848. Candidat malheureux à l'Assemblée constituante en 1848, il obtient alors un poste de suppléant de juge de paix, puis de secrétaire de la Chambre de commerce de Toulon.  
En 1850, Georges Sand écrit à Charles Poncy :
      " J'ai toujours désiré qu'un poète fît sous un titre tel que celui-ci : La chanson de chaque métier, un recueil de chansons populaires à la fois enjouées, naïves, sérieuses et grandes, simples surtout, faciles à retenir et sur un rythme auquel puissent s'adapter des airs connus bien populaires ou des airs nouveaux faciles à composer ".

      Qu'à cela ne tienne, Charles, alors en panne d'inspiration..., se lance aussitôt gaiement dans un ouvrage réunissant moultes chansons populaires à la gloire des métiers traditionnels de son époque, du Guinguettier au Fossoyeur, en passant, bien évidemment par le Tailleur de Pierre... 
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Consulter l'ouvrage en ligne sur le site de la Bnf
      Poète, mais pas du tout compositeur, Poncy place ces textes sur la musique d'autres chansons de son époque. Ainsi, la Chanson du Tailleur de Pierres se joue sur l'air du "Ménétrier de Meudon" de Pierre-Jean de Béranger, un chansonnier du 17èm siècle (voir la partition ci-dessous). 
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LA CHANSON DU TAILLEUR DU PIERRE



(Refrain)
En avant le maillet d'acier :
Il donne une âme au bloc grossier.
En avant le maillet d'acier.
Vive le travail nourricier!
Honte à qui chôme encore
Loin des chantiers rivaux !
Avril a fait éclore
Les fleurs et les travaux.
Frères, je vous arrive
Avec la joie au coeur;
Et vite qu'on m'inscrive
Au livre du piqueur.
(Refrain)
En avant le maillet d'acier :
Il donne une âme au bloc grossier.
En avant le maillet d'acier.
Vive le travail nourricier!
Cinq mois, dans nos villages,(1)
J'ai, trompant les ennuis,
Taillé seuils et dallages
Et margelles de puits.
La boucharde et l'aiguille
Résonnaient tour à tour,
Et du printemps qui brille
Appelaient le retour.
(Refrain)
En avant le maillet d'acier :
Il donne une âme au bloc grossier.
En avant le maillet d'acier.
Vive le travail nourricier!
Morbleu ! les belles pierres
Que pour nous, dans les airs,
Fait jaillir des carrières
La mine aux sourds éclairs !
A nous ces blocs énormes :
Notre bras sait comment
Du flanc des monts informes
On tire un monument.
(Refrain)
En avant le maillet d'acier :
Il donne une âme au bloc grossier.
En avant le maillet d'acier.
Vive le travail nourricier!
Palais que l'on contemple
Dans les grandes cités;
Arc-de-triomphe, temple,
Chefs-d'oeuvre au loin cités :
Tous ces frontons augustes
Qu'on se montre du doigt,
C'est à nos mains robustes,
C'est à nous qu'on les doit.
(Refrain)
En avant le maillet d'acier :
Il donne une âme au bloc grossier.
En avant le maillet d'acier.
Vive le travail nourricier!
L'adepte qui voyage,
Le coeur plein d'avenir,
Partout, sur son passage,
Salue un souvenir.
Il lève la paupière
Et lit, d'un oeil joyeux,
Ces poèmes de pierre
Qu'ont écrits ses aïeux.
(Refrain)
En avant le maillet d'acier :
Il donne une âme au bloc grossier.
En avant le maillet d'acier.
Vive le travail nourricier!
Un roi, par nos ancêtres,(2)
Fit, sur le sol hébreu,
Bâtir un temple aux prêtres
Plus encor qu'au vrai Dieu.
« Fils de l'architecture,
Venez, dit-il: voici
Des lettres de roture :
Soyez nobles aussi. »
(Refrain)
En avant le maillet d'acier :
Il donne une âme au bloc grossier.
En avant le maillet d'acier.
Vive le travail nourricier!
Mais des gloires plus vieilles
Déjà sacraient nos droits,
Car sur les sept merveilles,
On nous en devait trois.
Jardins aux murs splendides,
Temple qu'un fou brûla,
Antiques pyramides :
Notre blason est là !
(Refrain)
En avant le maillet d'acier :
Il donne une âme au bloc grossier.
En avant le maillet d'acier.
Vive le travail nourricier!
Comme nos braves pères,
Les premiers compagnons,
Créons des jours prospères
A l'art où nous régnons.
Gardons dans nos écoles
L'équerre et le compas,
Et que ces beaux symboles
Règlent partout nos pas.
(Refrain)
En avant le maillet d'acier :
Il donne une âme au bloc grossier.
En avant le maillet d'acier.
Vive le travail nourricier!


(1)
Cinq mois dans nos villages
Dans le nord, les tailleurs de pierre et les maçons émigrent de leurs villages au début du printemps et se répandent dans les grandes villes. Dès que l'hiver ferme les chantiers, ces travailleurs intrépides regagnent le chaume natal et partagent avec la famille leurs épargnes de l'été. Ces épargnes seraient certainement insuffisantes à leurs besoins, pendant les cinq mois les plus rigoureux de l'année, s'ils ne trouvaient pas, dans leurs villages même, à utiliser leurs bras et leur talent à des travaux de détail dont l'exécution n'a pas besoin du concours des beaux jours et de l'indispensable sécurité qu'ils apportent aux grandes entreprises de maçonnerie
(2)
Un roi, par nos ancêtres,
Fit, sur le sol hébreu,
Bâtir un temple aux prêtres,...
Les adeptes d'une certaine secte du compagnonnage font remonter l'origine de leur société à la construction du temple de Salomon.





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