LES P'TITES HISTOIRES
Pour les Petits et Grands N'enfants ...

CRISTO DE PEDRE-SABÃO  (le Christ de pierre de savon) par Adonaldo Valazar

   S'il y a une image qui définit Rio, c'est bien sa montagne Corcovado et le Christ dressé à son sommet. Mais d'où vient ce projet fou et de quoi est faite cette imposante sculpture ?, d'une charpente métallique comme la statue de la liberté ?, de pierre ?, de béton ?... Voici son histoire de 1921 à nos jours.

L'HISTOIRE
   Corcovado signifie "bossu"... Ce nom a été donné au XVIIème siècle par les portugais. Auparavant, il avait été nommé le Mont de la Tentation, en référence à un mont biblique.
   Cette montagne de granit d'une hauteur de 710 mètres est plantée au milieu de la forêt de la Tijuca, en plein coeur de Rio.
De ce pic, on aperçoit un panorama unique : l'océan, les plages de Ipanema et Leblon, le Maracanã, le Pain de Sucre, le lac Rodrigo de Freitas, et surtout, la Baie de Guanabara.


   C'est vers cette vue que le Christ Rédempteur ouvre ses bras, pour accueillir les visiteurs, qui, au temps des premières caravelles portugaises, arrivaient par ce bras de mer que les colons prenaient pour une rivière descendant jusqu'a l'océan.

   Bien que l'idée de Pedro Maria Boss de construire un monument symbole de la religion catholique soit vieille de 70 ans, le véritable projet est né en 1921, en prévision du centenaire de l'indépendance du Brésil de l'année suivante.
Mais, en fait, le plan commence à peine à être mis en place en 1923 car le financement, provenant essentiellement des donateurs catholiques, arrivent au compte-goutte.

   Lorsque le projet commence à vraiment faire parler de lui les fonds arrivent enfin et, en 1926, 6 millions de dollars ont été recueillis, le projet peut enfin démarrer. Un appel d'offre désigne l'ingénieur brésilien Heitor da Silva Costa pour la réalisation. Pour mener à bien cette ouvrage, il décide de s'associer à un sculpteur français, Paul Landowski.


   Un artiste brésilien, Carlos Oswald est chargé du dessin du Christ et Silva Costa, après avoir terminé les calculs de résistance et le plan du monument, se rend à Paris dans l'atelier du sculpteur Paul Landowski. Ils déterminent la forme définitive à travailler. Landowski réalise plusieurs modèles dont un de 4 mètres de hauteur.
   Bien que les essais en soufflerie n'existe pas à cette époque, ils prévoient que la statue doit être construite avec un léger angle de 5 degrés vers l'avant pour mieux résister à la vitesse du vent au sommet du Corcovado (il n'est pas rare qu'il atteigne 100 km/heure). Dans le même but, les bras devront être conçus avec une légère pente et un décalage de 60 cm entre les 2 bras (imperceptibles à l'œil nu).

   A ce moment, le projet de base prévoit une structure métallique et un habillage de la statue. C'est un autre français, l'ingénieur Albert Caquot, qui prend part au projet en proposant de remplacer cette structure métallique, par une autre en béton armé.



LA STRUCTURE
  A l'intérieur de la statue il y a donc une construction similaire à celle d'un immeuble de 10 étages.
Il s'appuie sur des fondations qui pénètrent en profondeur la roche du plateau. Le gneiss qui la compose à du être dynamité pour la mise en place de quatre pieux de soutient. Dans la structure, douze dalles sont coulées pour former chaque étage et des escaliers sont créés pour permettre la circulation et l'accès jusqu'aux bras et à la tête de la statue.

  Pour ces travaux, Heitor Levy, l'ingénieur qui a supervisé la construction, dirige une équipe de près d'un millier de personnes (ingénieurs, architectes et ouvriers compris). Une voie de chemin de fer est aménagée pour apporter les matériaux sur le site par un train. Cette voie est d'ailleurs encore utilisée aujourd'hui. L'eau nécessaire au chantier est pompée d'un ruisseau situé 300 mètres plus bas.

  La question du revêtement final du Christ s'était posée à l'architecte, un béton brut aurait mal vieilli, il fallait le revêtir d'un matériau qui supporte de très fortes températures, résistant à la pluie et au vent et qui ne soit pas conducteur électrique vis à vis de la foudre...

  A quelques kilomètres de Rio la carrière de Minas Gerais, près de la ville de Carandaí, extrait une roche métamorphique : la stéatite.
   Plus communément appellée "pierre à savon", cette pierre ollaire très tendre est principalement composée de talc. Bien que très tendre, la stéatite n'en est pas moins très dense et encore moins poreuse qu'un granit, un marbre ou une ardoise. Impénétrable, elle ne tache pas, et résiste aussi bien aux chocs qu'aux températures extrêmes, sans risque de dilatation. Compte tenu de l'exposition du Christ aux intempéries, comme aux fortes chaleurs, cette pierre apparaît comme idéale pour cet emploi.
   Des milliers de dallettes triangulaires sont découpés et collés sur la structure créée par Albert Caquot, tel un opus incertum géant ou une immense mosaique.

Minas Gerais, la carrière

les dalles triangulaires de stéatite

   Au final, la statue mesure 38 mètres de haut, dont 8 mètres de piédestal. L'envergure entre ses deux mains est de 28 mètres et sa tête mesure 3,75m.
En 1973, le Christ Rédempteur est classé monument historique. Depuis 1980, il fut rénové deux fois et l'illumination a aujourd'hui prit des airs discos et écolos avec l'utilisation de " Leds " de couleurs, de filtres anti-ultraviolets et anti-infrarouges.

   Des millions de visiteurs ont la chance de s'envoler vers le Brésil pour toucher le Christ du Corcovado et profiter de la vue étourdissante qu'offre ce pic... Il faut dire que le Christ du Corcovado a été élu récemment l'une des sept nouvelles merveilles du monde.
Si vous en mourrez d'envie vous aussi, voici un lien qui vous aiguillera pour effectuer la visite dans les meilleures conditions : Crônicas Cariocas



   Vu de loin, il est impossible de voir l'usure des plaquettes couvrant le Rédempteur, toutefois, en se rapprochant, on peut voir les ravages causés par le temps. En 2010 une restauration a eu lieu et, durant les travaux, le journaliste Wilton junior à réalisé des images de détails peu connus du monument.


   Sur l'échafaudage, les travailleurs ont inspecté chaque mètre carré de la surface du monument, prélevé des échantillons et réalisé une cartographie des dégâts causés par les phénomènes atmosphériques. Chacune des dalles a été sonnée (frappée au maillet) pour déceler les points creux, signes de décollement.

   1,5 millions de dallettes de stéatite tapissent la statue et l'architecte Marcia Braga, en charge des travaux, connaît bien l'ouvrage et toutes les pathologies des matériaux qui le compose puisqu'elle a participé aux deux autres restauration du Christ.
   Le temps a laissé sa marque en particulier au niveau des bras et du visage du Christ. de nombreuses pièces sont manquantes aux bouts des doigts, de la tête et des sourcils, régulièrement frappés par la foudre.


Christ, rédempteur de tous, fils unique du Père, Seul qu'avant tout commencement,
Engendrant en soi-même et produisant sans mère,
Il fit naître ineffablement
(Pierre CORNEILLE)




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