LES P'TITES HISTOIRES
Pour les Petits et Grands N'enfants ...

LA TOUR RODIN par Stéphanie Grégoire


   En 1900, Auguste Rodin est un monstre sacré, mais, en bon artiste qui se respecte, il a su garder l'esprit d'un rebelle. Et, alors que Paris accueille la fameuse exposition universelle, il s'installe tout près dans un pavillon Place de l'Alma pour présenter, en toute modestie, une rétrospective de son œuvre.
Il y expose 165 sculptures en marbre, bronze et plâtre, des dessins, mais aussi des photographies, une rareté pour l'époque.
   Deux années plus tôt, en mars 1898 Armand Dayot, inspecteur des Beaux-Arts et critique d'art, cherche un symbole marquant pour l'exposition universelle de 1900. Il soumet au sculpteur Jules Desbois l'idée d'un monument dédié au travail. Le sujet est " à la mode ", il faut remplacer les symboles mythologiques du passé.
Après tout, le paysan, l'ouvrier, l'artisan, longtemps réduits au rôle d'allégories secondaires, ont bien le droit d'être reconnus et représentés en tant que tels.

  Desbois propose de réaliser en commun une œuvre qui réunie tous les grands sculpteurs de l'époque qui voudront bien s'y associer, comme Falguière, Baffier, Charpentier, Injalbert, Mercié, Meunier ou Rodin.

  Rodin est peut-être le plus enthousiaste, car l'idée d'un travail collectif le séduit et l'architecture l'intéresse. Déjà, dans son œuvre sculpté, dans ses recherches et ses montages, il associe parfois aux figures et aux fragments de corps un élément d'architecture comme une colonne, un chapiteau ou un pilastre. L'architecture participe alors au mouvement et à la force d'expression de l'ensemble.
La direction de l'ouvrage lui est confiée et c'est ainsi, qu'il s'attache à l'étude d'un projet célébrant l'énergie créatrice.

Il réalise une maquette en plâtre et l'expose dans le cadre de sa rétrospective au pavillon de l'Alma en 1900
C'est une œuvre unique, ambitieuse et gigantesque
" La Tour du Travail "
   Rodin n'a pas choisi une grande figure ou un mouvement pour représenter le " Travail ". Il imagine une colonne conçue comme une progression, allant des métiers manuels vers les métiers de la pensée. Avec toujours la même aspiration : l’accomplissement personnel par le travail.

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   Sous le monument, on peut descendre dans une crypte qui raconte la vie des mineurs, des scaphandriers et rappelle les sombres et pénibles labeurs de la terre et de la mer.
De part et d'autre du soubassement, deux statues sont dressées. Elles symbolisent le mouvement perpétuel du travail :

C'est " la Nuit " et " le Jour "

   
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   Au-dessus, la colonne s'élève à plus de 130 mètres et est entièrement ornée de sculptures en bas-reliefs en spirale ascendante, comme un ruban. Chaque artiste prenant part à cette œuvre réalisera une partie de la sculpture sur un thème qui l'inspire.
Afin de rendre accessible à tous le message du monument, un escalier hélicoïdal entoure la colonne. Il est pris dans une tour ajourée par des arcatures laissant entrer la lumière et créant un effet clair obscur sur les reliefs sculptés.

   Lorsqu'on empreinte l'escalier monumental, on entre par " la Porte de l'Enfer "


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Au fur et à mesure de l'ascension, le travail représenté sur la colonne s’affine; des métiers les plus rudes on accède aux métiers moins élémentaires, où l’esprit y prend plus de part. C'est ainsi jusqu'au sommet ou réside la pensée pure. On y découvre les métiers les plus nobles symbolisés par l’artiste, le poète ou le philosophe.

   Puis, couronnant le monument en plein ciel, posés au sommet de la colonne, deux génies veillent sur le monde du travail.
Comme deux anges aux ailes entrelacées déversant l’Amour et la Joie, car, malgré toutes les douleurs et toutes les haines, le Travail est fait d’amour et de joie.



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Comme la Porte de l'Enfer, ce groupe sculpté
connut ensuite une existence indépendante
sous le nom des " Bénédictions ".
   Rodin a conçu un monument architectural et sculptural comme une ruche et un phare pour guider l'humanité. L'œuvre s'inspire par sa forme à la fois des escaliers des châteaux de Blois et de Chambord, de la colonne Vendôme, de la tour de Pise ou encore de la colonne Trajane de Rome.
Rodin disait : « L'homme aime autant travailler bien que travailler mal. Je crois même que la première manière lui sourit davantage, comme plus conforme à sa nature. Mais il écoute tantôt les bons, tantôt les mauvais conseils et c'est actuellement aux mauvais qu'il accorde la préférence. Et, pourtant, combien l'humanité serait plus heureuse, si le travail, au lieu d'être pour elle la rançon de l'existence, en était le but ! »
   Comme pour lui donner raison, le financement des travaux ne fut jamais trouvé et sa Tour du Travail demeure inachevée.
Et, quoique la réalisation en eût été relancée à plusieurs reprises, elle demeura à l'état d'utopie comme les projets contemporains ou très légèrement postérieurs de Jules Dalou, Constantin Meunier, Charles Van der Stappen ou Henri Bouchard.

   Il est vrai que Paris regorge de nombreux monuments, mais il est certain que, comme la Tour Eiffel, la Tour Rodin aurait certainement fait partie encore aujourd'hui des plus emblématiques.








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