LES P'TITES HISTOIRES
Pour les Petits et Grands N'enfants ...

Michel CAMPI L'ASSASSIN TAILLEUR DE PIERRE INCONNU par  L.M.

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Massette de tailleur de pierre utilisée par Michel Campi pour assassiner l'Avocat Ducros de Sixt et blesser sa soeur
Campi sera guillotiné Place de la Roquette le 30 Avril 1884
(Collection Gustave Macé)


  Le 10 août 1883, deux paisibles rentiers, M. Ducros de Sixt et sa sœur, respectivement âgés de 65 et 63 ans, furent sauvagement assommés, à l'aide d'une massette de tailleur de pierre, à manche court, par un individu que l'on décrivit comme « puissamment musclé, aux mouvements d'une agilité extraordinaire, aux traits ascétiques et durs, aux petits yeux aigus, tourmentés, féroces. »

  Le crime eut lieu au domicile des victimes : 7, rue du Regard à Paris. M. Ducros de Sixt ne devait pas survivre à ses blessures; sa sœur en réchappa, mais perdit à jamais la raison.
Le criminel, qui avait cherché à fuir, mais s'était fourvoyé dans une chambre sans issue, fut arrêté dans les minutes qui suivirent. Dépourvu du moindre papier d'identité, il déclara, lors de son premier interrogatoire au commissariat de Saint-Sulpice, se nommer Michel Campi et être né à Marseille en 1850. Mensonges que tout cela, les vérifications effectuées au bureau de l'état-civil du grand port méditerranéen en apportèrent la preuve.

  Mais « Campi » n'en démordit pas et refusa même de fournir de plus amples renseignements sur le crime lui-même. Pour preuve, ce dialogue significatif entre le mystérieux inconnu et le juge d'instruction :

- Connaissiez-vous M. Ducros de Sixt ?
- C'est mon affaire.
- Ou Madame Ducros ?
- Encore mon affaire.
- Étiez-vous déjà venu rue du Regard ?
- Aucun souvenir.
- C'était donc la première fois que vous passiez là ?
- Je l'ignore.
- Quelle est votre profession, tailleur de pierre ?
- Cherchez.
- Votre domicile ?
- Peu importe.
- Avez-vous prémédité votre crime ?
- Je n'en sais rien.
- Quel mobile vous a fait agir ?
- Le meilleur.

  Après huit mois d'instruction, d'investigations policières, de confrontations avec plus d'une centaine de personnes - tout cela en pure perte - d'articles passionnés dans la presse « Qui est Campi? », « Qui se dissimule sous ce nom jeté au hasard ? », l'inconnu - toujours et de plus en plus inconnu - comparut devant les Assises de la Seine, le 21 mars 1884.
L'interrogatoire d'identité donne le ton de ce que vont être les débats :
- Votre profession ?
- Inconnue.
- Votre domicile ?
- Inconnu.
- Votre lieu de naissance ?
- Inconnu.

C'est au point qu'ayant peur de se trahir lui-même, il prit le parti de ne plus parler, et voici la lettre qu'il écrivit au juge d'instruction :
  A partir d'aujourd'hui, sous aucun prétexte, je ne veux plus vous voir et je ne me soumettrai à aucune confrontation. La série des imbéciles que vous avez fait défiler devant moi et qui prétendent me reconnaître est assez complète, et j'en ai assez. Ma tête est à moi, je vous l'abandonne. Quant à mon nom, vous ne le saurez jamais.

  Dès le début, vous vous êtes fié à votre habileté, mais aujourd'hui vous commencez à reconnaître votre erreur. Vous ne me connaissez pas encore, et moi, dès le premier interrogatoire, je savais à quel homme j'avais affaire.

  Pour vous, les plus petites indications, celles qui se dégagent du raisonnement, sont les meilleures. Votre seul tort est de ne pas supposer chez d'autres la même faculté que chez vous.

  J'ai compté là-dessus. Dans ma jeunesse, j'ai appris la lutte, et je sais que la véritable adresse consiste à se servir de la force de son adversaire pour le culbuter. Je me suis souvenu de ce principe et je m'en trouve bien.

  Il a pourtant, murmure-t-on, révélé son secret à son défenseur, mais a fait jurer à celui-ci de n'en rien dévoiler. L'avocat tiendra parole et les débats n'apporteront aucune lumière, si fugitive fut-elle.
Condamné à mort, l'assassin de M. Ducros de Sixt fut exécuté le 31 avril, toujours sans nom, puisque «Campi» n'en était pas un.
Comme il l'avait dit, à l'issue de la dernière audience de la Cour d'Assises :

« Messieurs les juges veulent prendre ma tête. Ils la prendront sans étiquette ! »


Au Chapitre XI de son livre Treize dévoyés criminels, Léon Treich raconte :
«... Campi ne trouva pas la paix dans la mort. Les docteurs Laborde et Love qui faisaient à cette époque des études sur la survie des âmes ayant subit la décollation (décapitation), se saisirent de son corps et de son chef et tentèrent de ranimer avec le sang d'un chien, pendant quelques minutes, pour faire parler la tête sanglante. L'expérience ne donna rien... »





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